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La langue rapaillée : combattre l'insécurité linguistique des Québécois

Fiche descriptive
Séquence didactique
Annexes
La langue rapaillée : combattre l'insécurité linguistique des Québécois
BEAUDOIN-BÉGIN, Anne-Marie
Par Renée Goupil


Nationalité de l'auteur : Québécoise
Genre : Essai
Courant : Postmodernité
Siècle : 21e siècle
Groupe d'âge visé : Collégial
Auteur de la séquence : Renée Goupil
Date du dépôt : Hiver 2017


Des sujets de culture en devenir

La langue rapaillée : combattre l'insécurité linguistique des Québécois, essai écrit par Anne-Marie Beaudoin Bégin

 

Au début de la session d'hiver 2017, en guise d'amorce au cours de Littérature québécoise — Ensemble 3, mon professeur associé au Cégep de Sainte-Foy a demandé aux étudiants de ses trois groupes de répondre à quelques questions en dyade. Il s'ensuivait une courte présentation au reste de la classe. À la question « Qu'est-ce que l'identité québécoise pour toi? », la majorité des collégiens ont répondu en évoquant des « référents culturels collectifs» (Gascon, 2014, p. 10)  — la langue, la fierté, la différence, l'esprit de famille, le sirop d'érable, la neige, la bière, les sports d'hiver, etc. Le joual, l'accent, les sacres et le mauvais français sont aussi des idées reçues qui ont spontanément été nommées pour caractériser le français québécois, voire le peuple québécois[1]. Ces réponses, mises en parallèle avec les observations de Denis Simard et d'Éric Falardeau[2], m'amènent à croire que les étudiants du collégial auraient une conception approximative de ce que peut signifier « être Québécois », malgré que, pour la plupart d'entre eux, il s'agisse de leur culture d'origine. On pourrait supposer, en se rapportant à la typologie de Falardeau et Simard, que leur rapport à la culture québécoise est « désimpliqué », « scolaire » ou « instrumentaliste » (Simard & Falardeau, 2007, p. 7).

 


La langue rapaillée (2015) par Anne-Marie Beaudoin-Bégin (voir l'annexe 1)

 

Rédigé par une spécialiste en sociolinguistique historique du français québécois, cet essai sociologique peut être vu comme le pendant québécois du Catalogue des idées reçues (1988) de Marina Yaguello. L'auteure y décortique l'insécurité linguistique des Québécois : elle remonte à la source du sentiment d'infériorité collectif et pointe les conséquences de la survalorisation de la norme écrite, des règles normatives et du français de France, encore considéré par tradition comme le modèle à suivre. Les idées reçues sur le français québécois et les jugements de valeur qui continuent d'être véhiculés à son endroit sont réfutés un à un dans l'ouvrage par le recours à des exemples concrets et à des faits historiques. Anne-Marie Beaudoin-Bégin prend le pari de donner à la langue québécoise sa place au sein de la communauté francophone, parmi les autres variétés de langue. Elle milite pour le droit des Québécois à employer une langue décomplexée et reconnue, tantôt familière, tantôt soutenue. Elle s'élève contre les prescriptifs à tendance puriste qui outrepasseraient, selon elle, leur droit en se prononçant sur le registre familier.



Les visées de la formation en regard des programmes


C'est motivée par le désir d'amener les apprenants à se distancier de leur « culture première » et à enrichir leurs « repères culturels » (Gascon, 2014, p. 15) que je propose une courte séquence didactique portant sur l'étude de l'essai La langue rapaillée : combattre l'insécurité linguistique des Québécois d'Anne-Marie Beaudoin-Bégin. Cette séquence correspondra à la troisième séquence du troisième cours de français de la formation générale collégiale, Littérature québécoise — Ensemble 3. À ce moment de la session, les étudiants de mon stage auront acquis des savoirs historiques sur la naissance du Québec, auront lu certains contes et légendes traditionnels, et ils auront produit une première dissertation partielle. L'une des orientations premières de ma séquence s'appuie sur le principe que l'école puisse favoriser « l'élaboration d'une culture seconde, réfléchie, incarnée dans des œuvres, des systèmes symboliques, des pratiques, qui permet de dépasser ou de transcender le sens habituel de la vie quotidienne. » (Simard, 2004, p. 13) En clair, les compétences visées se rapportent à l'élaboration du sens de textes littéraires (interprétation des représentations de l'univers québécois dans l'essai à l'étude, des articles journalistiques, des critiques littéraires et un extrait des Insolences du frère Untel) et à la formulation de jugements critiques (argumentation sur la valeur sociale, identitaire, politique ou culturelle de thèses défendues). Elles renvoient à l'énoncé de compétence du cours 103 : « Apprécier des textes de la littérature québécoise d'époque et de genres variés ».

 

L'objectif général de la séquence

Adopter, à l'oral et à l'écrit, un point de vue critique sur une problématique abordée dans La langue rapaillée, afin de rendre compte dans un essai littéraire d'une appropriation personnelle de certains référents de la culture collective québécoise.

 

Éléments de la compétence travaillés

  • Reconnaître les caractéristiques de textes de la littérature québécoise.
  • Comparer des textes.
  • Rédiger une dissertation critique.(Il s'agira d'un essai critique, genre qui permet de travailler les mêmes critères de performance.)
  • Déterminer un point de vue critique.
  • Réviser et corriger le texte (MEES, 2016).
 
 
 
Choix de l'œuvre intégrale

Pour arrêter mon choix, j'ai tenu compte du fait que l'œuvre devait être un essai court pouvant être relié à la période de la Grande noirceur et mener à la rédaction d'un essai littéraire[3]. J'ai retenu l'essai La langue rapaillée parce qu'il porte sur le français québécois, l'un des fondements de la culture québécoise. Lire sur ce sujet permettra certainement aux étudiants de se familiariser avec des enjeux identitaires prédominants et persistants depuis plusieurs siècles au Québec : le complexe linguistique et le complexe national. Je partage l'idée de Gadamer selon laquelle notre langue est « un espace à habiter » (Gadamer dans Simard, 2004, p.12). Pour que les étudiants parviennent à connaître et à s'approprier la culture québécoise, la leur pour la plupart d'entre eux, il me paraît essentiel de les engager dans une réflexion sur l'évolution de la langue française et, de façon plus générale, sur l'héritage collectif. D'ailleurs, le discours tenu par Anne-Marie Beaudoin-Babin sous-entend que c'est notamment par la connaissance de leur histoire (de l'histoire de leur langue) que les Québécois peuvent parvenir à se libérer de leur insécurité et à reconnaître la légitimité de leur culture. L'angle sociohistorique qu'elle adopte s'avère intéressant en situation d'apprentissage puisqu'il permet de tisser des liens entre les savoirs et la vie, entre le passé et le présent, c'est-à-dire de « restaurer une continuité » entre les Québécois d'hier et d'aujourd'hui. (Simard, 2004, p. 17 )

 

Le rapport des Québécois à leur langue, peu enseigné à ma connaissance dans les deux cours de 101 et de 102, me semble une problématique incontournable pour le cours de 103. Les activités pédagogiques conçues autour de cette œuvre conduiront les étudiants à rendre compte « de l'héritage culturel québécois et de ses résonnances dans le monde actuel » et à manifester leur « capacité à saisir les enjeux sociaux » par l'échange avec les pairs et l'écriture personnelle (MEES, 2016). Elles les obligeront à interroger leur rapport premier à la culture et à la langue (rapport parfois impressif et affectif) et à surpasser les idées véhiculées dans l'espace social.

 

Enfin, le fait que La langue rapaillée soit ancrée dans la réalité contemporaine est un atout important d'un point de vue didactique : les collégiens pourront y reconnaître des situations réelles, les réseaux sociaux mentionnés et peut-être même certains noms connus (Véronique Grenier, Samuel Archibald, Mathieu Bock-Coté, etc.). Ils y découvriront aussi plusieurs notions spécifiques à la linguistique (registres, variation linguistique, règles normatives, etc.) et divers ouvrages de référence (Banque de dépannage linguistique, Multidictionnaire, Trésor de la langue française au Québec, Base de données lexicographique panfrancophone, etc.). Bien que son contenu soit spécialisé, cet essai demeure accessible aux apprentis lecteurs dans la mesure où ils sont accompagnés pour l'interpréter. La thèse de l'auteure étant très affirmée, cette lecture offre l'occasion aux apprenants de comprendre les limites d'une prise de position.

 


Analyse de La langue rapaillée en vue de son enseignement


Le genre et la thématique de l'oeuvre d'Anne-Marie Beaudoin-Bégin m'ont conduite à penser ma séquence dans une approche culturelle croisée avec l'approche générique. La réflexion de l'essayiste André Belleau dans « La passion de l'essai » a aussi motivé ce choix :

 

Ce qui déclenche mon activité d'essayiste, ce ne sont pas des événements physiques ou psychologiques, mais des événements culturels. Ce ne sont pas des couleurs, ce ne sont pas des impressions matérielles, mais des idées qui émergent dans le champ de la culture ou d'autres choses de cette nature. […] L'essayiste, en effet, ne travaille pas avec ce qu'on pourrait appeler le langage de la vie en général, celui du travail, de la peine, de la souffrance des hommes, mais bien avec le langage de la culture. (Belleau, 1987, p. 92-95)

 

Comme la compréhension de l'argumentaire d'Anne-Marie Beaudoin-Babin nécessite d'acquérir des connaissances historiques et génériques, et de développer des compétences en argumentation, les étudiants seront amenés à faire des allers-retours entre ce texte, d'autres textes de genres sociaux et les connaissances construites lors d'exposés.

 

En adoptant la perspective de « l'insécurité » pour parler du rapport des Québécois à leur langue, Anne-Maire Beaudoin-Bégin soutient que le Québec se maintient dans un état d'inachèvement, de négation de lui-même et que le pire de la situation se trouve dans le fait qu'on cherche à camoufler le malaise : « L'insécurité linguistique au Québec est d'autant plus toxique qu'elle est partagée. Car lorsqu'on souffre d'insécurité, rencontrer des gens qui ont le même problème soulage et rassure. Le discours en vient à aller de soi, l'attitude est consacrée. » (Beaudoin-Bégin, 2015, p. 15) L'auteure suggère que le rapport à la communauté, voire la question de la nation, se pose ici comme des problèmes à surpasser pour parvenir à une reconnaissance intérieure et extérieure. Sans qu'elle ne les nomme de façon explicite, plusieurs enjeux émergent de son propos : celui de la mémoire collective — sentiment d'échec contre les Anglais et d'abandon par rapport à la mère patrie, persistance de valeurs judéo-chrétiennes, etc. – celui de la marginalisation du français québécois, par l'idéalisation de la norme de l'Hexagone et de l'écrit, et enfin le problème de l'anglais érigé en menace fatale pour le français québécois. On comprend que selon l'auteure, l'attitude réfractaire des Québécois par rapport à l'évolution de la langue, au recours au registre familier et aux emprunts anglais témoigne de leur difficulté à se délester du poids du passé.

 

Principaux problèmes de lecture pour les étudiants du collégial :

 

— Les arguments de l'auteure s'appuient sur un vaste éventail de savoirs formels (historiques, sociaux, linguistiques); les étudiants ne connaissent pas nécessairement toutes les références.

— La position critique étant très affirmée (ton ironique) et, les exemples encrés dans le quotidien des locuteurs québécois, les étudiants peuvent adhérer totalement à la position de l'auteure sans être capables de s'en distancier (question affective).

 


Quelques savoirs transposés (voir l'annexe 2)

 

Définition du genre « essai » :

[…] discours à forte teneur subjective, enclenché surtout par des questions d'actualité, portant sur de sujets variés; un discours en incessant progrès, rempli d'approximations, qui ne prétend pas épuiser une question, mais qui n'en soutient pas moins avec fermeté un point de vue, une opinion, que l'essayiste tente de faire partager par l'Autre. (Dorion, 1997, p. 79-80)

Types d'essai : autobiographique, philosophique, sociologique, polémique, journalistique, poétique, scientifique, politique; le manifeste, le pamphlet, l'éditorial, etc. L'essai étant un genre hétérogène, ces types ne sont pas des catégories strictes. Plusieurs essayistes jonglent avec différents styles pour défendre leur opinion et plusieurs œuvres narratives et poétiques empruntent à l'essai sa finalité, c'est-à-dire qu'ils cherchent aussi à convaincre (Ouellette, 2007, p. 196-203).

 


Progression générale de la séquence


L'organisation des activités d'apprentissage a été fortement inspirée par le texte de Denis Simard, « Une approche culturelle dans l'enseignement du français, langue première ». Dans l'intention de former des « sujets de culture », c'est-à-dire de favoriser l'engagement des étudiants dans une appropriation complexe de la culture, j'ai tenté de créer une séquence qui respecte les quatre continuités de l'approche culturelle selon Simard : « 1) la continuité entre les savoirs et la vie; 2) la continuité entre les savoirs; 3) la continuité entre les hommes; 4) la continuité entre le passé et le présent » (Simard, 2004, p. 15). La progression des activités reconnaît la « culture première[4] » des apprenants, individuelle et spontanée, de manière à les placer, dès la séance 1, dans une posture introspective favorable pour la rédaction de l'essai final. La lecture de l'œuvre intégrale devrait être réalisée avant la séance 1 pour que les étudiants puissent avoir le temps de faire les autres travaux demandés au cours de la séquence. Ces travaux, à réaliser entre les périodes de cours, sont nécessaires étant donné le rythme de progression accéléré. En outre, un document d'accompagnement à la lecture pourrait les aider à comprendre les termes spécifiques à la linguistique.

 

J'ai voulu ici favoriser l'élaboration du triple rapport dont parle Simard en renvoyant à Charlot : rapport au monde, rapport à soi, rapport aux autres (Simard, 2004, p. 12). Les nombreux travaux d'équipe en classe devraient encourager les étudiants à dialoguer entre eux afin de développer leur jugement critique et leur réflexivité. D'ailleurs, j'ai choisi de leur faire analyser un extrait de La langue rapaillée avant de leur présenter la fiche critériée de l'essai et de faire l'exposé historique. Mon but est qu'ils puissent co-construire une partie de leurs savoirs par eux-mêmes.

 

La progression spiralaire imaginée vise une intégration graduelle des savoirs par « approfondissements successifs » (Chartrand, 2009, p. 259). La première activité sert à établir des liens entre le vécu personnel des étudiants et le vécu collectif du groupe; entre la culture du quotidien et les savoirs qui seront construits dans le contexte scolaire. La recherche documentaire demandée pour la séance 2 (articles de journaux ou critiques de l'œuvre) mettra l'apprenant en action et l'amènera à contribuer au développement culturel du groupe entier. Enfin, les dernières activités imposent un retour sur la réflexion initiale. On pourrait voir ma séquence comme un condensé des cinq premières « étapes » de l'intégration des savoirs selon Simard.

 

1) greffer des savoirs sur les savoirs antérieurs;

2) structurer ou restructurer des savoirs;

3) replacer des savoirs dans un contexte historique d'émergence;

4) établir des relations entre des savoirs;

5) transférer les savoirs, c'est-à-dire les appliquer à bon escient dans des contextes autres que ceux où on les a acquis […] (Simard, 2004, p. 16)

 

Déroulement de la séquence

 

Modalités

Évaluations

Séance 1

1. Réflexion et discussion : seul ; en équipe (oral/écrit)

2. Repérage La langue rapaillée : en équipe (oral/écrit)

Diagnostique

Séance 2

1. Retour sur la fiche : discussion dirigée

2. Autour des articles trouvés : en équipe (oral/écrit)

3. Exposé sociohistorique: magistral

Formative

Séance 3

1. Dialogue entre deux essais littéraires: en équipe/ magistral

2. Carte culturelle: en équipe (oral/schéma)

3. Charte des droits et devoirs: en groupe (oral/tableau)

Formative

Rédaction d'un essai littéraire hors classe: évaluation sommative individuelle (15 %)

 

 

 

 


SÉANCE 1

Activité 1: Réflexion et discussion sur sa « culture première » (culture québécoise)


Objectifs spécifiques:

Expliciter son rapport à la culture québécoise et manifester sa culture individuelle.

— Faire émerger des référents partagés (perception, jugements, idées reçues, etc.) par le dialogue avec les pairs.

 — Favoriser la réflexivité au moment de l'introspection et de la confrontation avec les autres.

 

Déroulement: L'enseignant demande aux étudiants de répondre personnellement à des questions à l'écrit (10 min). 

  1. Qu'est-ce que la culture québécoise pour vous?
  2. Imaginez que vous discutez avec un étranger qui vous demande de lui décrire votre rapport à votre culture. Quels mots (noms, adjectifs, expressions, etc.) employez-vous? Comment lui décrivez-vous votre expérience de la culture québécoise?
  3. Le français québécois est pour moi…
  4. Comment définiriez-vous votre rapport à la langue française?
  • Qu'est-ce que votre langue vous apporte?
  • À quoi vous sert-elle?
  • Vous pose-t-elle problème parfois? Explicitez.

Les étudiants partagent leurs réponses en équipe de quatre et notent certaines pistes de réflexion. L'enseignant circule pour dégager des tendances, une culture de classe. Il peut éventuellement faire un court retour sur les concepts soulevés (15-20 min).

 


Activité 2 : Travail de repérage sur La langue rapaillée


Objectifs spécifiques:

Se familiariser avec le discours de l'auteure et les caractéristiques du texte lu.

— Dégager des éléments liés au genre « essai »: thèse, principaux arguments, subjectivité, paratexte, etc.


Déroulement: Les étudiants relisent un chapitre de l'essai à l'étude. En équipe, ils formulent l'intention de l'auteure, la thèse défendue, les arguments présentés, les indices textuels de subjectivité (25 min). Un retour en groupe permet ensuite de préciser les éléments retenus en fonction de la thèse principale de l'œuvre (définir « insécurité linguistique »), du titre (allusion à Miron), et du genre « essai »: présentation d'une fiche critériée (50 min).

 

Travail pour la séance 2 (formatif): En s'inspirant de la fiche critériée, les étudiants doivent relever les techniques ou des passages dont le but est de convaincre ou de capter l'intérêt du lecteur (indices de réussite). Ils doivent aussi trouver un court article paru depuis 2012 (article de journal, chronique, éditorial, critique de l'essai) présentant un point de vue critique sur la question de la langue au Québec.

 



SÉANCE 2

Activité 1: Retour sur la fiche critériée


Objectifs spécifiques:

— Reconnaître les caractéristiques de l'essai La langue rapaillée.

— Acquérir certaines notions théoriques sur le genre « essai ».

— Évaluer la pertinence des indices textuels retenus.

 

Déroulement: La discussion est dirigée par l'enseignant. Il demande aux étudiants de partager leurs exemples avec le groupe. Aborde des notions spécifiques nouvelles: registre, séquence textuelle, registres de langue, ordre des arguments, marque de subjectivité. (50 min)

 

Activité 2: Autour des articles trouvés


Objectifs spécifiques:

— Complexifier sa compréhension des enjeux identitaires soulevés par La langue rapaillée.

— Créer d'une banque de thèses portant sur la question linguistique.

— S'approprier des thèses diverses par la reformulation.

— Développer son jugement critique par l'exploration de différents points de vue.

 

Déroulement: En équipe de deux, les étudiants se résument le contenu de l'article trouvé et dégagent la thèse et les arguments principaux qui la soutiennent. L'enseignant aide les étudiants à reformuler dans leurs mots les propos. (50 min).

 


Prolongement: Publier sur une plateforme en ligne les articles pertinents trouvés par les étudiants (avec la thèse relevée) pour permettre à tous d'y avoir accès pour la rédaction de l'essai final.

 


Activité 3: Exposé sociohistorique


Objectifs spécifiques:

— Mettre à distance ses conceptions spontanées et les jugements de valeur associés au français québécois.

 — Acquérir des repères sociohistoriques et sociolinguistiques utiles à la compréhension de l'œuvre lue, repères qui permettent de complexifier sa compréhension de la notion « d'insécurité » ou de vide identitaire.

 — Développer sa capacité à tisser des liens entre le passé et le présent (mémoire collective).


Déroulement: L'exposé met de l'avant des « causes » possibles du rapport trouble des Québécois envers leur identité et leur langue (situation politique, rapport à la France, valeurs religieuses) et il revient sur la question du maintien de la langue française.

 

— Rappel des événements de la Conquête (liens avec la séquence précédente), Acte d'Union;

— Grande noirceur;

— Révolution tranquille;

— Tentatives de contrôle, de négation ou de fixation de la langue;

— Exemple du discours tenu sur la langue au fil du temps (nuancé) (40 min).

 

Les consignes de l'essai final sont présentées (10 min).



Travail pour la séance 3 (formatif): Lecture d'un extrait des Insolences du frère Untel (1960) et relecture du chapitre « Et je n'ai pas encore parlé du joual » dans La langue rapaillée, lequel critique les propos de Jean-Paul-Desbiens.




SÉANCE 3

Activité 1: Dialogue entre deux essais littéraires


 Objectifs spécifiques:

— Comparer des textes d'époques variées.

 — Reconnaître des caractéristiques de textes québécois.

 

Déroulement: Les étudiants travaillent seuls ou en équipe sur l'analyse de l'extrait de L'Insolence du frère Untel. (25 min) Puis, un retour en groupe est fait de manière à mettre en parallèle la critique qu'Anne-Marie Beaudoin-Bégin fait des propos tenus par Desbiens. L'enseignant peut prendre l'occasion de revenir sur des techniques argumentatives ou des éléments historiques qui n'ont pas été abordés. (25 min)

 


Activité 2: Carte culturelle


Objectif spécifique:

— Prendre conscience de son parcours de sujet de culture.


Déroulement: En équipe, concevoir une carte culturelle (un schéma, un diagramme circulaire, un tableau, etc.) représentative de son nouveau rapport à la culture québécoise. L'exemple d'Isabelle Gascon « Appropriation de la culture » (2014) peut être présenté pour inspirer les étudiants (voir les liens pertinents). Des volontaires pourraient être choisis pour proposer leur schéma à la classe (30 min).

 


Activité 3: Charte des droits et devoirs


Objectifs spécifiques:

— Élaborer un répertoire d'arguments reflétant la nouvelle culture de classe.

— Favoriser la prise de position et la sélection d'exemples pertinents.

— Transposer les savoirs acquis.

 

Déroulement: L'enseignant demande aux étudiants de formuler (sérieusement) à main levée les droits et les devoirs des locuteurs québécois (activité inspirée par le chapitre « Les prescriptifs outrepassent leurs droits » de l'essai travaillé et le concept de Daniel Pennac). C'est le moment de rappeler les principales dynamiques abordées en vue de l'écriture du travail final (15 min).

 



Principales modalités d'évaluation formative et sommative


Évaluation diagnostique

Les conceptions spontanées et les savoirs antérieurs des étudiants sont le point de départ de l'engagement culturel qui leur est demandé dans la séquence. Ils sont donc travaillés avant que les savoirs formels ne soient transmis. Ce type d'évaluation se rapporte surtout aux attitudes et aptitudes de la formation générale (français et philosophie).

 

Évaluation formative

Tout au long des trois périodes, ce sont sur l'échange en équipe et les discussions de groupe que l'évaluation sommative repose. Les partages permettent aux étudiants et à l'enseignant de respecter une certaine progression des apprentissages et de co-construire les savoirs.


Évaluation sommative: Rédaction d'un essai critique de 750 à 900 mots (15 %)

J'ai conservé le type d'évaluation que mon professeur associé proposait étant donné que l'essai n'est pas un genre familier pour les étudiants. Comme il semblait inévitable de l'enseigner après la lecture de l'œuvre, il m'apparaissait logique de le faire pratiquer ensuite. De plus, ce genre permet de développer des compétences parentes à celles requises pour la rédaction de la dissertation critique. Je pense aussi que l'écriture d'une appropriation personnelle d'une problématique culturelle pourrait participer à développer chez les étudiants un rapport différent à l'écriture.


  • Consigne possible: Choisir une thématique abordée en classe – la défense du français québécois, l'insécurité identitaire des Québécois, le rapport Québec-France, le discours sur la « dégénérescence » de la langue, la valorisation de l'écrit, la critique du registre familier, etc. – et prendre position par rapport à celle-ci en adoptant un point de vue critique personnel.

 


Critères d'évaluation


  • Un titre évocateur est choisi;
  • Le sujet est introduit de manière personnelle: récit d'une expérience vécue, réflexion personnelle sur une problématique ou une pratique expérimentée en classe, souvenir d'un choc culturel, rapport à la culture québécoise, etc.
  • L'auteur se manifeste dans son texte (marques de modalité).
  • La formulation d'une thèse est explicite ou se déduit facilement à travers le ton et le vocabulaire employé.
  • L'objectif du texte est explicite: convaincre, faire réfléchir, éveiller…
  • Des techniques d'interpellation du destinataire sont employées en fonction de l'objectif choisi (figures de style, recours à des références culturelles communes, phrases expressives, etc.).
  • La thèse est soutenue par au moins deux arguments.
  • Les propos s'appuient sur des exemples pertinents et des faits véridiques.
  • La structure du texte est cohérente (paragraphes, ordre des arguments, etc.).
  • Une citation ou un exemple tiré de La langue rapaillée est intégré à l'argumentaire.
  • L'étudiant a recours à une source extérieure fiable autre que l'œuvre étudiée (par exemple l'un des articles apportés en classe).
  • La qualité de la langue est soignée.

 


Prolongements pédagogiques


 - Émissions intéressantes à proposer aux étudiants (disponibles sur YouTube)

  • Dialogues (2015) — « Dialogues- 12 :  « Identité langue et intégration »
  • Publications universitaires (2016): « Le Québec a-t-il échappé à son destin? »
- Vidéo humoristique éloquente sur le français québécois, qui se veut un guide pour le Français qui souhaite s'intégrer au Québec (du point de vue d'une Québécoise établie en France)
  • SolangeTeParle (2015) – « Québécois pour les nuls » (disponible sur YouTube)

 

Enfin, pour une séquence plus longue, il serait intéressant d'approfondir l'histoire de la langue pour permettre aux étudiants d'avoir une meilleure compréhension des phénomènes de variation linguistique et des jugements de valeur pouvant être associés à une langue. Aussi, l'analyse de l'œuvre dans une approche de la réception aurait pu conduire à la production d'un journal d'apprentissage intégrant, entre autres, une réflexion personnelle sur le rapport des étudiants à la culture québécoise et sur les pratiques expérimentées en classe. C'est l'importance de la préparation à l'épreuve uniforme de français qui m'a fait écarter cette possibilité. En fait, ma séquence pourrait très facilement être adaptée au cours de français de l'ensemble 4, lequel a pour finalité l'écriture de textes de type informatif, critique ou expressif (MEES, 2016).


 

Annexe 1

Extrait de la préface de La langue rapaillée (2015)

par Samuel Archibald

 

Par la démonstration et par l'exemple, par le biais de la linguistique et de l'histoire des langues, Anne-Marie Beaudoin-Bégin prend le contre-pied de notre éternel masochisme linguistique, de nos préjugés envers notre propre langue et de notre rapport trouble aux règles et à l'usage. Ce livre n'est pas un appel au relativisme linguistique absolu que voudront en faire certains détracteurs d'Anne-Marie Beaudoin-Bégin et de sa posture. Il constitue plutôt un vibrant plaidoyer en faveur de la vitalité du registre familier dans les contextes où il peut s'épanouir, de la variation comme principe d'existence de la langue et d'un français vif, à l'usage encadré, et non écrasé, par les normes normatives.

[...]

C'est un livre qu'il m'a fait quand même bien plaisir de lire aujourd'hui et que j'aurais mauditement aimé lire à 18 ans. Il m'aurait fait sauver un temps précieux. Je me console en me disant qu'il fera un bien fou à d'autres et pourra susciter, chez quelques-unes et quelques-uns, des vocations. De linguistes. Ou d'écrivains, qui sait? La langue rapaillée fait partie en tout cas de ces livres assez rares qui nous font retrouver l'envie d'écrire et l'usage de la parole. (p. 8)

 

 

Annexe 2

Fiche critériée sur l'essai et caractéristiques de l'œuvre choisie

 

Inspirée des grilles des genres à dominante argumentative proposées par Suzanne Chartrand et Judith Emery et du modèle proposé par Marion Sauvaire dans le cours Didactique du français au collégial II (Hiver 2017)

 

But de l'essai et intention de l'énonciateur: « défendre une opinion sur un problème controversé et d’intérêt public dans le but d’influencer le destinataire, voire de le convaincre » (Chartrand & Emery, 2013 p. 12).

 

Énonciateur: il assoit sa crédibilité sur des informations témoignant de ses compétences à porter un jugement critique sur le sujet.

 

Destinataire: public, personnalité publique, médias, etc. (Chartrand & Emery, 2013 p. 12)

 

Opérations

(pour l'énonciateur)

Indices de réussite

(dans le texte)

Caractéristiques de l'essai

La langue rapaillée

Donner un titre évocateur

(de même pour les intertitres, les titres de chapitre ou de section, s'il y a lieu)

Le titre est représentatif de l'objet du discours: une question d'actualité, une problématique ou un enjeu social, une constatation nouvelle, une réflexion philosophique, une revendication politique…

 

Il annonce le point de vue critique de l'auteur de manière accrocheuse.

Thématique de la langue (adj. + réf. intertextuelle renvoient à la culture québécoise, au français québécois);

Point de vue: « rapaillée » évoque l'idée de reconnaissance, de reconstruction et de revalorisation.

Titres de chapitres évocateurs

  • « Le registre familier aussi légitime qu'un autre », « Les prescriptifs outrepassent leurs droits », « Le français québécois et le français du XVIIe siècle».

 

Introduire le sujet « problématique » de façon personnel au moyen d'une réflexion, d'une anecdote, d'une situation, d'un fait, d'une observation courante, d'un événement culturel, d'un constat, etc.

L'ouverture ou la mise en situation repose souvent une séquence textuelle narrative, informative ou descriptive; l'énonciateur se place dans une posture réflexive.

 

Elle est relativement courte.

 

Elle anticipe de façon explicite ou implicite le point de vue de l'essayiste.

Préface de Samuel Archibald « Idées reçues » – explique et défend le projet de l'auteure.

Premier « chapitre » : Retour sur le titre de l'essai

  • Définition de « rapailler » pour expliciter le point de vue adopté.
  • Définition des concepts langue, français, français québécois.

Annoncer la thèse défendue

 

Elle peut se faire de façon explicite, au moyen des phrases affirmatives ou expressives, ou de façon diffuse à travers l'argumentation et le ton employé.

 

Selon la complexité de la thèse et l'étendue du sujet, les arguments peuvent éventuellement devenir des thèses à leur tour.

Thèse générale: Le français québécois doit être reconnu comme une vraie langue.

 

Thèse secondaire: L'insécurité linguistique québécoise est un problème collectif a surpasser.

 

Thèse secondaire: La menace actuelle provient de l'intérieur, discours puriste et du problème de mémoire collective.

Formuler des arguments pour étayer la thèse choisie

Le point de vue peut être affirmé ou nuancé:

- Justifications et explications s'appuyant sur des faits, des exemples, des réflexions crédibles.

- Ordre des arguments respecte une progression logique.

  • Principe de complexification du propos
  • allers-retours entre le présent et le passé
  • Couvre plusieurs aspects de la question identitaire.
  • Exemple d'argument: Le français québécois est une langue puisqu'il est parlé et que les locuteurs se comprennent.

Construction d'une image crédible

Engagement personnel dans le texte:

- Objectif précis: convaincre, faire réfléchir, éveiller…

- Termes connotés (négatifs ou positifs)

- Contre-arguments anticipés

- Références variées et précises

- Ton humoristique, polémique, oratoire…

- Marques de modalité

- Implication (contrôlée) de l'énonciateur: authenticité du propos, de l'expérience personnelle.

  • Crédibilité: paratexte
  • Spécialiste de la linguistique
  • Intertextualité, intermédialité, références historiques, culturelles, politiques…
  • Ironie
  • Contre arguments formulés
  • Authenticité: sources

Interpeler le destinataire

Questions ouvertes

Interpellation, apostrophe: emploi des pronoms « vous » et « nous ».

Références communes

S'adresse à les destinataires québécois

Exemples du quotidien et référence à la culture collective favorisent l'identification.

Emplois québécois (ex: brocheuse)

Apostrophe: « Cher locuteur québécois, j'ai le malheur de t'annoncer que les mots linge et habit, comme tu les utilises parfois dans ton registre familier, ne sont plus employés dans la langue française. » (p. 80)

Conclure pour atteindre les objectifs de départ (réfléchir, discuter, informer, provoquer, (se) persuader, convaincre, abolir l'Autre, etc.) (Dorion, 1997, p. 80)

La conclusion de l'essai peut servir à réaffirmer la prise de position, le jugement critique au moyen d'un argument fort, d'un exemple éloquent, d'une ouverture de la réflexion, etc.

Comparaison entre le respect accordé au salon de sa grand-mère et la conception du français, langue de prestige.

Postface - « Cette langue que nous habitons »

Écrire dans un français correct et expressif

Respect des normes

Emploi d'un vocabulaire connoté, varié et précis.

Variété de séquences textuelles

Registres

Figure de style, jeux de mots

Jeux typographiques

  • Précision et richesse du vocabulaire.
  • Registre soutenu; jeu sur le contraste par l'emploi de termes familier.
  • Jeux de mots, comparaisons, métaphores, etc.
  • Séquence narrative (récit) intégrée comme métaphore.
  • Exemple des codes vestimentaires
  • Notes de bas de page pour justifier le choix de certains mots critiqué.

 

 

Bibliographie

 

Auvidec Média – Dialogues. (2015). Dialogues- 12 : Identité langue et intégration, Récupéré de https://www.youtube.com/watch?v=JVWRtkQMRKU.

 

Beaudoin-Bégin, A.-M. (2015). La langue rapaillée: combattre l'insécurité linguistique des Québécois. Québec: Éditions Somme toute.

 

Belleau, A. (1987). La passion de l'essai, Liberté, 29 (1) (169), 92-97. Récupéré de http://id.erudit.org/iderudit/31121ac.

 

Chartrand, S.-G. (2009). Proposition didactique d'une progression des objets à enseigner en français langue première au secondaire québécois. Dans Dolz Joachim et Simard Claude (dir.) Pratiques d'enseignement grammatical. Point de vue de l'enseignant et de l'élève. AIRDF. Coll. Recherche en didactique. Québec: PUL.

 

Chartrand, S.-G. et Émery-Bruneau, J. (2013). Caractéristiques de 50 genres pour développer les compétences langagières en français [Format PDF]. Récupéré de http://www.enseignementdufrancais.fse.ulaval.ca/document/?no_document=2306

 

Dorion, G. (1997). L’essai  : le genre oublié, Québec français, (104), 78-8. Récupéré de http://id.erudit.org/iderudit/57688ac.

 

Gascon, I. (2014). L'ABC d'une approche culturelle de l'enseignement [Format PDF]. Récupéré de http://www.acelf.ca/media/congres/Actes14_A3.pdf.

 

Ouellette, A.- C. (2007). 300 ans d'essais au Québec, Québec: Beauchemin.

 

Ministère de l'Éducation et de l'Enseignement supérieur. (2016). Arts, lettres et communication (500.A1) Programme d'études préuniversitaires. Enseignement collégial. Gouvernement du Québec: Bibliothèque et Archive nationales du Québec.

 

Simard, D. (2004). Une approche culturelle dans l'enseignement du français langue première. L'écho du RÉSEAU Laval, 4 (1), 10-20.

 

Simard, D. et Falardeau, E. (2007).  Rapport à la culture et approche culturelle de l'enseignement [Format PDF]. Récupéré de http://www.csse-scee.ca/CJE/Articles/FullText/CJE30-1/CJE30-1-FalardeauSimard.pdf.

 


[1] Il faut aussi mentionner que dans les trois groupes, les étudiants ne sont pas tous d'origine québécoise, donc n'ont pas tous le même regard sur cette culture.

[2] Voir l'article Simard, D. et Falardeau, E. (2007). Rapport à la culture et approche culturelle de l'enseignement [Format PDF]. Récupéré de http://www.csse-scee.ca/CJE/Articles/FullText/CJE30-1/CJE30-1-FalardeauSimard.pdf.

[3] Je ne me suis pas restreinte à la période historique du départ dans ma séquence.

[4] La diversité culturelle de la classe collégiale est une réalité qui a été considérée dans la création de la séquence. Lors des discussions de groupe, il serait intéressant d'entendre les étudiants d'origine étrangère se prononcer sur leur vision ou leur rapport à l'identité québécoise. 


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